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Ni l’art ni la science ne sauraient nous donner accès à la complexité de la réalité dans son intégralité. En dépit de nos efforts de modélisation et malgré la finesse des processus d’analyse du réel que nous déployons, notre vision globale du monde à long terme largement subjective et partielle limite nos projets. En revanche, l’art est un miroir exceptionnellement favorable aux projections et aux dynamiques collectives. Il l’est d’autant plus lorsqu’il ne se contente pas d’être seulement l’expression des aléas émotionnels de ses auteurs, l’interprétation militante du réel ou le reflet exclusif d’une recherche transgressive sur l’art lui-même.

C’est précisément parce que l’objet d’art échappe par sa nature inachevée et par sa distanciation au réel à la compréhension mécaniste que l’art constitue un vecteur naturel de transcendance du réel. Inévitablement, l’art est aussi un marqueur de son temps par les formes de son expression, notamment parce que ses auteurs n’échappent pas eux-mêmes aux modes, aux courants et aux événements de leur époque. En revanche, débarrassé des nécessités et des contingences opérationnelles courantes, l’art se présente, par la durée et la continuité obsessionnelle des œuvres, comme une trame de réflexion ouverte et quasi intemporelle.

Les mutations de toute nature et les ruptures incessantes de nos environnements nécessitent une constante remise en cause des modèles, des stratégies et des organisations des communautés socio-économiques. Dans ce contexte turbulent, l’art devient un véritable levier d’accélération des changements. En premier lieu, l’art est un vecteur de prise de recul au regard des multiples solutions alternatives souvent contradictoires des expertises et des démonstrations de tous poils. De plus, l’art est un vecteur de déploiement de l’imaginaire collectif, condition essentielle de la structuration des questions pour le long terme et de la mobilisation des initiatives.

Lorsque l’accumulation des leviers de la rationalité se heurte sans issue à l’incertitude et à l’instabilité des contextes, les structures se paralysent et leur capacité d’adaptation change de registre. La mobilité de leurs trajectoires repose alors principalement sur la lisibilité des repères qui donnent du sens à leurs actions ainsi que sur leur aptitude à construire des alliances et à développer des projets novateurs. Dans cette perspective de transformation profonde des codes et des modèles de nos sociétés, l’art est un formidable catalyseur du changement, pour peu qu’il soit intégré au quotidien des processus d’innovation et d’anticipation. C’est parce que l’avenir est un pari que les logiques de raisonnement subjectives sont essentielles ; à ce titre, via l’art, la pensée graphique apporte une contribution naturelle aux mécanismes de conception du futur et constitue un facteur sensible de cristallisation des cultures émergentes.

Slersgairt

Novembre 2010

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L’objet d’art résulte d’un processus de création intentionnelle et distanciée dont l’artiste détient les clés essentielles. L’artiste, juge et partie, de sa propre démarche définit et construit au regard de ses motivations, de ses obsessions les ancrages, les thèmes à partir desquels sa création se déploie. C’est également lui qui fixe les limites de ses réalisations et au terme de ce processus il pose arbitrairement, bien au-delà de sa signature, le niveau d’achèvement de son travail. Cet acte de l’artiste, profondément légitime et éminemment subjectif, point final de sa réalisation, donne à l’objet d’art un caractère fondamentalement inachevé si parfait soit-il aux yeux des publics.

L’objet d’art échappe ainsi par sa nature inéluctablement inachevée, à la compréhension objectivée des spectateurs. Les référentiels d’interprétation des objets d’art en tant que tels ne peuvent alors qu’être construits par les publics eux-mêmes au gré de cheminements individuels ou collectifs ce qui constitue en soi une forme de création nouvelle. Cette aptitude de l’objet d’art à générer des projections créatives émotionnelles ou rationnelles lui confère un caractère singulier, élitiste, voire une dimension quasi sacrée.

La part de mystère qu’introduit ce processus artistique global dans le jeu sociétal vient amplifier la conception courante à priori survalorisante de l’art et renvoie constamment le spectateur à considérer l’art sur un mode passionnel. Cette tendance, largement médiatisée par les opérateurs promoteurs, négociants et galeristes confine artificiellement l’art à statut superlatif tant sur le plan économique qu’esthétique.

Par ailleurs, l’accumulation progressive des productions d’un artiste s’inscrit naturellement et quelquefois à son insu dans le fil des courants esthétiques, des courants médiatiques, des logiques culturelles : ce qui donne à son œuvre un statut et une position dissociée de l’artiste lui-même. Il s’agit bien alors de l’émergence d’une autre réalité : celle d’une œuvre au sens d’un ensemble de productions s’inscrivant dans une continuité cohérente perçue qui ne saurait pour autant, se résumer à la somme des objets d’art qui la constitue. La distinction entre l’objet d’art et l’œuvre d’art devient alors essentielle pour saisir la complexité d’un processus ou les artistes auteurs individuels et les artistes spectateurs construisent collectivement les marqueurs culturels des sociétés humaines. En définitive, la dimension duale, quasi quantique, de l’art fait que la nature singulière d’un objet d’art échappe inexorablement aux publics qui le côtoient et dans le même temps ces objets constituent sous l’impulsion des opérateurs spécialisés et des publics des œuvres globales échappant pour partie aux artistes eux-mêmes. L’inachèvement de l’art est à l’évidence un point de rupture essentiel entre ces deux univers.

Slersgairt

Novembre 2008

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